La mort n’est qu’un instant

Je vais bientôt me marier. Comme tout algérien qui se respecte, j’ai demandé à ma mère de me trouver une femme. Mes critères ne sont pas compliqué, jeunes et jolis, comme tout le monde. De toute façon, à entendre ma chère maman, toutes les filles qu’elle me propose sont issus d’une famille honorable ou sont gentilles et intelligentes. Je m’en fous complètement de quel genre de famille ma future femme est issue, ou bien même sa classe sociale. D’après mon expérience, la majorité des filles que j’ai connues dans cette ville fonctionnent de la même manière. Alors, j’ai décidé d’avoir des critères simples. Cela ne changera rien, le mariage n’est qu’un protocole que les gens se forcent à respecter. Mais au fond tout le monde veut la même chose. Les hommes cherchent à sortir du cocon familial et donc l’indépendance, et les femmes veulent avoir des enfants le plus rapidement possible et faire taire les rumeurs les concernant. L’amour est un concept étranger, presque personnes n’osent dire qu’il s’est marié par amour, car cela ferait tache sur la réputation de la mariée. Eh oui, quand on se prétend une fille de bonne famille, on ne peut pas fréquenter des hommes avant le mariage, même si tout le monde le fait. En 2014, cela reste un sujet tabou. Une hypocrisie générale qui autrefois me dégoûter, mais les temps changent. Maintenant, je vais à mon tour me marier pour faire des petits moi et aussi pour faire plaisir à ma famille. Tous les cousins et cousines qui me croisent me demandent si c’est pour bientôt, comme si c’était une évidence. à leur avis le mariage est inévitable, comme la mort. Quand je leur disais que je ne voulais pas me marié, ils se mettaient tous à rire comme si je venais de leur faire une blague mascarienne. Et puis d’après eux, cela fait longtemps qu’ils n’ont pas assisté à un mariage. Apparemment, je dois lier ma vie à une autre personne jusqu’à la mort, juste pour que ma très chère famille s’amuse un peu.
Autrefois j’ai aimé, et cette expérience m’a montré que mon destin n’était pas entre mes mains, mais c’est plutôt nous qui étions entre les mains du destin. Et croyez moi quand je vous dis que le destin est sadique!
Je l’ai rencontrée quand j’avais seize ans. Deux jeunes lycéens algériens issus de la même classe sociale. Les débuts étaient innocents, une petite amourette d’enfance, rien à signaler, les gens trouvaient cela mignon.Les années passèrent, et la société s’est petit à petit immiscée dans notre vie, cela commence comme une blague que l’on fait à un ami (on est comme cela). Sans la voir venir, elle prit les rênes de nos vies. Nous commencions à faire attention à tout ce qui nous entourer, car ma belle avait un frère et un père qu’il ne fallait pas déshonorer. Chez nous, aimer n’est pas autorisé, sauf de loin. Ce qui rend les opérateurs mobiles très riches. Mais un souci s’impose de lui-même, le verbe aimer n’est pas influençable. Il est sauvage et peut nous exploser à la gueule quand ça lui chante…il nous la fait bien comprendre.
Je suis un homme et elle une femme. Nous nous sommes aimés, et la société nous a rejeté. Du moment où on lui montre notre indépendance d’esprit, elle nous châtie en nous bannissant de ce qu’était notre foyer autrefois. Avec l’amour tout ce que nous connaissions depuis l’enfance s’est transformé en prison. Cela a duré neuf ans. Une torture qu’on ne peut décrire. On dit que le secret le mieux gardé est celui connu de tous. Ces années étaient notre belle jeunesse, et nous sommes d’accord pour dire que la période la plus belle de notre vie nous a été enlevé.
Aussi restreint qu’à pût être notre amour conditionné par la société, je ne regrette aucun de ces moments passer ensemble. Mais après cela, il y a eu l’achèvement. Je vous le dis, l’espoir est criminel. Car il accompagne l’amour durant tout son voyage, jusqu’à ce qu’il disparaisse en fumé lors de la venue du châtiment ultime. Société avait jugé, c’était fini. Ma belle allait se mariée à un autre, qui peut lui au moins subvenir à ses besoins et faire taire notre juge. Elle n’était plus vierge à cause de moi disait elle, comme si j’étais le seul responsable. J’avais beau lui répéter qu’il fallait qu’elle attende juste un peu…., j’allais bientôt m’en sortir. Non, elle venait d’avoir vingt cinq ans, C’était la limite d’âge.

Celui qui la aimer est mort le jour de son mariage. Tel un sourire qui s’efface d’un visage, ils n’étaient plus ensemble. Il n’y a pas pire que l’image de la mort d’une relation sur laquelle nous nous sommes tellement reposés.

Après une longue traversée du désert algérien, j’ai comme disent si bien mes proches «réussi» en peu de temps. Seules deux années m’ont suffi pour monter une entreprise et faire un chiffre d’affaires important. Réussir est un mot que je respect, et mon ascension n’a rien d’une réussite. C’est juste mon instinct de survie, qui m’a aidé à m’adapter à un système. Il nous suffit de comprendre ce système pour le gravir, aussi corrompu soit-il. À part le travail, je n’avais rien. Seul le vide m’accompagnait quotidiennement. C’était mon seul ami, Le seul à m’accepter tel que je suis. Cela faisait déjà trois ans qu’elle était mariée, son souvenir hanté encore mes nuits. Après chaque cauchemar de la vie passé, j’attendais la fin de la journée pour noyer le peu de peine que j’avais pour ce monde. Et comme à chaque fois, j’étais au méridien d’Oran. La clientèle du bar venait d’un autre monde que les miens, rien d’enviable, mais tellement différent qu’au moins je savais que je n’allais croiser aucune de mes connaissances. C’était le seul endroit qui me permettait d’être seul. Assis sur une table haute de la terrasse du bar, je regardais les nouveaux et anciens riches faire semblant de s’apprécier tout en rivalisant en étalant leurs connaissances sur le football européen. Quand ils disent nous avons acheté un joueur, ils me donnent vraiment l’impression qu’ils ont eux-mêmes acheté le joueur. Pendant ces débats passionnés, il y a leurs femmes. Elles me font pitié avec leurs condescendance mal placée. J’aime venir et détester tous ces gens. Je ne leur en veux en rien, mais j’aime cela, c’est tout.

J’étais sur la terrasse en train de finir mon troisième verre, quand je l’ai vu. Elle n’avait rien de spécial, juste une femme de pseudo riche comme les autres. Le genre à s’être liée à un homme qu’elle n’aimait pas, mais qui lui procurait un confort non négligeable dans la société. Qu’elle était triste à voir, sa beauté ne faisait qu’accentuer son inutilité. Je la regardais et je me demander ce qu’elle était d’autres qu’un joué, que son mari à la calvitie naissante sortait parfois pour épater ses copains. Elle était à un mètre de moi, belle et petite à la fois. Elle ne me regarda même pas une fois, alors que j’étais le seul sur la terrasse. Elle sentait que je la détestais. J’avais envie de la voir souffrir. J’ai donc décidais de l’aborder, non pour la Charmé, mais plus pour me prouver qu’elle ne me méritait pas.

— Quelle belle nuit n’est-ce pas? Dis-Je en regardant vers l’horizon. La mer était sombre et paisible. La lumière des bateaux se reflétait sur l’eau.

— Je la trouve triste, répondit elle.

Le silence s’imposa tout de suite. Je ne savais que répondre à cela. Elle trouvait la nuit triste, et de mon côté je la trouvais encore plus triste que la nuit. Je me suis rendu compte que cette tristesse l’embellissait. Ces petits mots sortis de sa fine bouche m’ont déstabilisé et m’ont projeté dans une vie oubliée. Soudain j’ai eu mal, une douleur atroce et insondable s’attaqua à ma poitrine. Une douleur qui remplit un vide en moi. Le néant s’est emparé de mon être, pour ne laisser que le sentiment dominant…le désir. Tout ce que je voulais à cet instant c’était…
— Je crois qu’il n’y a pas plus beau qu’une nuit emplie de tristesse.

— Pourquoi cela ? Demandât elle.

— Car dans la tristesse réside une sagesse, une mélancolie du monde qui nous entoure et tout cela donne vie à notre être. la Souffrance que nous procure la tristesse n’est qu’une manifestation de l’âme pour nous rappeler qui nous sommes.

Soudain, j’aperçois son regard fixé sur moi. Ses yeux étaient d’un sombres étincelants, ils reflétaient le ciel étoilé. Une larme glissa sur sa joue lisse, Je l’entendis presque heurter le sol….à ce moment nous nous faisions face, son visage était si près du mien, que je sentais nos souffles se mélanger, pour ne faire plus qu’un. Mon cœur battait la chamade, jusqu’à l’arrêt complet. Nos lèvres se sont caressés, et la danse à commencer. Sa chaleur, son odeur, tout son être s’était gravé en moi. Le monde tourné à une vitesse folle, les étoiles dansaient, la mer pleurait et toutes les lumières s’intensifiaient. Nous étions le centre du tout. Les souverains d’un royaume de paix. Petit à petit, le temps reprit sa course. J’ai ouvert mes yeux humides pour m’assurer que cet instant n’était pas un rêve. Mais elle était toujours là, son corps collé aux miens, ses grands yeux me dévisageaient, je sentais qu’elle avait peur. Sans me le demander, je savais ce qu’elle voulait.

— Tes lèvres m’ont manqué, lui dis-je.

A Peine prononcer ces mots, qu’elle se précipita vers le bar rejoindre son propriétaire. Il se tenait à l’intérieur, une bai vitrée nous séparer. Je suis resté figé, sans même pouvoir parler…que dire après cela? . Cette créature d’une beauté indéchiffrable à l’œil nue était lié à mon esprit. Ma douleur s’intensifiait. Il fallait me laisser là où j’étais, j’étais bien! Je ne pourraient plus jamais l’imaginer comme la superficielle que j’ai vue avant de l’avoir écoutés. Ces trois années que j’ai passer à la détester pour calmer ma douleur liée à son absence venaient de disparaître. Le monde s’écroula et rien ne pourra plus jamais être comme avant. L’amour est fou, l’espoir est criminel. Pourtant je sais ce qu’il en est. Je ne pourrai ni l’avoir ni supporter de la voir avec un autre. J’ai déjà vécu cela, Elle me quitte pour réalité, cette salope imaginaire qui fait peur à tout le monde. Une deuxième fois, N’est-ce pas qu’une illusion ?
Je décidais d’aller la voir et faire ce qui doit être fait. Qu’importent les conséquences, la vie n’avait pour moi, à cet instant d’aucune importance si je devais me référer aux protocoles futiles de cette foutue société. Pour une fois, Le silence était roi. Je me tenais au bar, même la musique s’était éteinte. Mes jambes tremblées. Je crachais du sang, et la confusion s’empara de la salle. Un seul cri a suffi, pour que tout se mette à s’agiter en même temps. Ce qui est née doit mourir, comme moi. La calvitie naissante m’avait planté un couteau en plein ventre, la lame était froide. Il était plus jaloux que je ne le pensais. Elle se tenait près de moi, les yeux écarquillés, figés…

— L’amour n’est qu’un instant, la mort aussi, mais la souffrance dure plus longtemps. À Dieu ma belle.

Le dernier visage que j’ai vu était le sien, triste. C’est ce qui me rendait heureux. Je voulais la voir souffrir, je l’ai vue.

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